L’enjeu central du « vrai leadership » : Devenir Soi

Je définis le vrai leadership comme la capacité à inspirer confiance et à susciter l’engagement intrinsèque des gens en vue de l’atteinte des résultats escomptés. Et cette capacité à inspirer d’autres est irrémédiablement liée à la qualité d’être et à l’alignement du dirigeant, assises intérieures nécessaires pour révéler et déployer son autorité naturelle.

Devenir Soi, et non se développer

Dans un monde où l’on court majoritairement après les compétences et le savoir-faire, l’on a néanmoins presque perdu de vue l’importance de la qualité d’être (humain), et surtout comment la consolider.

Certes ces deux dernières décennies, le « développement personnel »  a fait son apparition sur le devant de la scène face à la recrudescence des phénomènes de burn-out, dépression, anxiété croissante et même suicides, et leurs conséquences sur les organisations (turn-over, absentéisme, présentéisme, désengagement). Comme le terme même de « développement » l’indique déjà, cette branche s’est avant tout concentrée sur un mouvement vers l’extérieur de soi, proposant majoritairement de se « changer » pour devenir « plus » ceci ou « moins » cela.

Or comme bien des sagesses ancestrales l’ont pourtant toujours dit, être pleinement humain n’implique aucunement de se changer, de se perfectionner, de se modifier ; mais bien plutôt de revenir à soi, dans un mouvement intérieur allant « vers » soi (et non « contre » soi), permettant ainsi de se découvrir, se connaître, s’accepter et s’aimer dans sa différence. C’est ainsi que Socrate reprenait la devise inscrite sur le fronton du temple de Delphes « Connais-toi toi-même », nous invitant non pas à admirer notre nombril, mais bien à prendre conscience de nous-même, à découvrir ce qui nous anime, notre Source, à nous réconcilier et nous unifier intérieurement et ainsi à grandir dans notre capacité d’être et d’impact positif. En d’autres termes : devenir Soi, pour y trouver toute l’assise intérieure permettant de révéler et de déployer sa vision et son autorité naturelle.

La démarche de conscience

Comment alors s’engager dans une démarche de conscience? J’utilise volontiers l’image d’un artichaut, dont le cœur délicat et plein de saveurs (notre être) est protégé par une myriade de feuilles. Ces feuilles représentent tout ce qui nous empêche temporairement d’être connecté à notre être : nos croyances et schémas intérieurs limitants, nos traumas, nos blessures, et toutes les émotions contenues ou refoulées qui y sont associées. S’engager dans une démarche de conscience implique ainsi un courageux et exigeant travail de tri permettant de lâcher –  et nous laisser dépouiller de – ces « feuilles » qui nous maintiennent en exil de nous-même et nous privent de notre clairvoyance, de notre autorité naturelle, de notre Source, nous forçant à utiliser le pouvoir de coercition comme moyen de persuasion.

Confusion entre la démarche de conscience et l’égoïsme/nombrilisme

L’une des plus grandes résistances à oser s’engager sur la voie de la conscience est la confusion entre la démarche de conscience et l’égoïsme ou le nombrilisme. Or leur intention profonde est radicalement différente : celui qui se met à la découverte de Soi cherche à se mettre au service de son être, de son âme, de sa Source, dans une énergie de construction qui permet de mieux entrer au service de tous. C’est là la promesse de ce commandement : « Aime ton prochain comme toi-même », car c’est bien lorsque l’on est capable de s’aimer soi-même dans la pleine conscience et alignement de son être que l’on peut véritablement commencer à aimer les autres. Il en va tout autrement de l’égoïsme ou du nombrilisme, qui cherche à tirer tout à lui dans une énergie de destruction au mépris des autres, prisonnier et esclave de son ego blessé qui occulte son être et l’empêche d’être en juste lien avec lui-même et sa Source, et partant avec les autres.

Le leadership de l’être qui donne plein sens à la vie

Les vrais leaders prennent cet engagement profond de renoncer à la tutelle de leur ego blessé et de se mettre au service de l’accomplissement de leur être. Et ils le font non pas par plaisir égoïste, mais parce qu’ils ont fondamentalement compris qu’être et s’accomplir est un véritable besoin vital –  et même une responsabilité individuelle profonde – qui seul permet de donner plein sens à leur vie et à leurs actions. En osant ainsi entrer dans la dimension de leur être, non seulement ils se réalisent personnellement, mais c’est aussi ainsi qu’ils peuvent apporter leur plus grande contribution personnelle à notre monde : choisir le leadership de l’être est le plus grand cadeau que l’on puisse faire à notre monde.